Blog de la fédération UDB du Trégor-Goelo
Réécrire l’histoire pour maintenir les injustices?
Répondre à un interlocuteur anonyme est ingrat. Dans la société civile, le port du masque est prohibé, sauf en période de carnaval. On a un peu l’impression de s’adresser à une personne à laquelle aurait été infligé le port de la burqa ! En bonne démocratie, un citoyen assume ses propos en les signant.
L’interlocuteur veut montrer que la Bretagne n’a jamais eu d’histoire nationale et qu’il ne faut surtout pas prendre de mesures propres à sauver la langue bretonne. Pour cela, il s’appuie sur Wikipedia, source d’information commode mais qui, dans le domaine historique, ne fait pas foi. Une partie des contributeurs sont avant tout des militants qui défendent telle ou telle cause d’aujourd’hui en recherchant l’appui d’une histoire revisitée. De fait, les erreurs y sont nombreuses. La Bretagne ducale n’aurait jamais été indépendante de droit : elle l’a été de fait comme le démontre la magistrale thèse d’Etat de Jean Kerhervé, sous la direction de Jean Favier et intitulée l’Etat breton (1987). Elle a obtenu le prix Gobert, sorte de Goncourt de l’Histoire. Quant au droit, cela dépend qui le dit. Les moines légistes de l’abbaye de Saint Denis au service des Capétiens s’empressaient de démontrer que tous les territoires non annexés étaient fiefs de la couronne, un peu comme la Chine nie aujourd’hui le droit à l’indépendance de Taiwan ou du Tibet. Ceci pour justifier les annexions actuelles ou futures.
Quant au breton, chacun sait qu’il a été parlé du Mont Saint Michel au Sud-Loire, avec des enclaves plus à l’est et qu’il était encore parlé à l’état natif dans la presqu’île guérandaise au XXe siècle. Assez pour qu’on puisse le considérer comme l’une des trois langues de Bretagne, avec le gallo et le français, comme l’a voté le Conseil régional. La partition de la Bretagne date bien du décret Pétain –Laval du 30 juin 1941, partition reprise sous la Ve République. De Gaulle, en visite officielle à Nantes, y saluait " la jeunesse bretonne " et le plan routier breton de 1968 intégrait Nantes. La moitié des communes de Loire-Atlantique a la moucheture d’hermine dans ses armoiries. (contre 13% en Ille-et-Vilaine).
Tous ces faits sont vérifiables. L’histoire ne doit pas servir d’alibi pour justifier des positions politiques conservatrices d’aujourd’hui.
Pour notre part, nous oeuvrons pour une société plus juste et plus démocratique. La France centralisée a creusé les écarts entre régions (le plus haut PIB d’Europe, c’est en Ile de France) à tel point que la France est l’Etat de l’Europe développée qui a eu le plus de régions aidées par les fonds européens de développement régional (Feder). L’Allemagne fédérale d’avant la réunification en a eu le moins puisque la péréquation inscrite dans la constitution très démocratique qui lui a été imposée a fait que l’argent de la Ruhr a servi à développer la Bavière. Celle-ci, ayant rattrapé son retard, aide désormais les régions de l’Est de l’Allemagne. Le fédéralisme avec péréquation permet la meilleure justice territoriale.
Le grand problème de la France d’aujourd’hui, c’est son incapacité à assurer une répartition équilibrée des activités, des services publics, donc des hommes. L’Etat donne 4 fois plus de dotations par habitant à un Parisien ou à un Marseillais qu’à l’habitant d’une commune de 500 habitants. Il n’a même pas été capable de doter les régions d’une chaîne de télévision, France 3 n’étant qu’une nouvelle chaîne nationale à décrochages régionaux. Les cultures minoritaires –une vraie richesse- n’ont que la part du pauvre. F.Mitterrand parlait du droit à la différence. La France centralisée sait de moins en moins respecter la différence, l’altérité. C’est la vraie cause de la désunion française.
Dominique LEHAUT pour
L’Union Démocratique Bretonne
Section de Lannion-Perros-Guirec